Le groupe
Biographie :

Composé d’Atsuo (batterie / chant), de Takeshi (basse / guitare / chant) et de Wata (guitare / chant), Boris est une formation japonaise de metal expérimental mêlant des influences multiples (drone, sludge, noise, psyché, shoegaze, doom, stoner…). Formés en 1992, ils ont sorti une multitude d'albums, ainsi qu’un grand nombre d’EPs, notamment en collaboration avec Merzbow et Sunn O))).

Discographie :

1996 : "Absolutego"
1998 : "Amplifier Worship"
2000 : "Flood"
2002 : "Heavy Rocks"
2003 : "Akuma no Uta"
2003 : "Boris At Last - Feedbacker-"
2004 : "The Thing Which Solomon Overlooked"
2005 : "Dronevil"
2005 : "Sound Track From Film "Mabuta no Ura"
2005 : "Pink"
2006 : "The Thing Which Solomon Overlooked 2"
2006 : "The Thing Which Solomon Overlooked 3"
2006 : "Vein"
2006 : "Vein"
2008 : "Smile"
2011 : "New Album"
2011 : "Attention Please"
2011 : "Heavy Rocks II"
2013 : "Präparat"
2014 : "The Thing Which Solomon Overlooked Extra"
2014 : "Noise"
2015 : "Asia"
2015 : "Urban Dance"
2015 : "Warpath"
2017 : "Dear"
2019 : "EVΦL"
2019 : "LφVE"
2019 : "1985"
2020 : "No"


Les chroniques


"No"
Note : 17/20

Je vous ai probablement déjà parlé de la productivité à la japonaise, et Boris ne fait pas exception à la règle. "No" est donc le trentième album du groupe, formé en 1992. On retrouve Takeshi Ohtani (basse / guitare / chant), Wata (guitare / chant) et Atsuo Mizuno (batterie / chant) pour un mélange de styles aussi complémentaire qu’improbable.

Un album de Boris ne s’écoute pas, il se vit. Entre doom, sludge, hardcore, drone, punk et diverses influences, les titres se suivent et ne se ressemblent absolument pas. On peut citer par exemple "Genesis", un titre instrumental long, lourd et oppressant, qui va énormément différer d’"Anti-Gone", un morceau saturé, perçant et dissonant dans une tradition de punk-hardcore que le groupe manie à merveille. On continue dans cette lancée avec Non Blood Lore , un titre vif et vindicatif rempli de larsens. Et cette recette est entraînante, la rage des Japonais est communicative. Nouvelle dose d’énergie brute, "Temple Of Hatred" pioche dans un punk crasseux et saturé. Le combo repart dans la langueur noire et oppressante pour "鏡 -Zerkalo-", un titre écrasant qui ne perd pas une occasion de mêler larsens avec riffs lourds, à l’opposé total de "HxCxHxC -Parforation Line-" et sa rythmique post-hardcore planante, douce et aérienne. Un contraste total donc, mais qui sied à la perfection au groupe, qui enchaîne sans prévenir avec "キキノウエ -Kiki No Ue-", un morceau très énergique et gras. La rythmique est rageuse, mais efficace, rapide et lourde, mêlant des touches punk et stoner avant de laisser place à "Lust", un titre un peu plus psychédélique.

A nouveau une rythmique énergique, mais on retrouve cette dissonance, cette oppression et pourtant on ne peut s’empêcher d’adhérer à ce son. Le groupe invite le guitariste Katsumi Sugahara (Solmania , ex-Outo, ex-City Indian) à reprendre avec eux "Fundamental Error", un morceau des légendaires Gudon, groupe de punk hardcore japonais. Et l’énergie originelle est parfaitement conservée pour ce vibrant hommage ! On approche de la fin avec "Loveless", un titre qui fait à nouveau se rejoindre la rage du punk et des sonorités aussi entraînantes que lourdes, peuplées de leads perçants. Le trio vocal fait à nouveau mouche, et c’est après quelques larsens que le groupe enchaîne avec une partie planante, puis embraye sur "Interlude", le dernier titre. Doux, aérien, léger, et seulement quelques interventions d’une voix féminine pour conclure l’album.

Boris ne déçoit jamais. "No" est évidemment un album surprenant, qui peut désorienter par moments, mais qui reste cohérent avec l’énorme variété de sons du groupe. Un album de Boris est une expérience, et celle-ci est extrêmement plaisante et qualitative, surtout quand on sait que les morceaux ont été composés en réaction à la situation mondiale actuelle.


Matthieu
Juillet 2020




"Noise"
Note : 18,5/20

Si comme moi vous avez passé les dix-huit dernières années dans votre grotte et que vous aviez raté Boris jusqu’ici, "Noise" sera une excellente introduction à cette formation. D’aucuns le considèrent en effet comme leur album le plus accessible à ce jour, au sein d’une discographie plutôt titanesque.

Si le groupe n’a eu de cesse depuis ses débuts de multiplier les expérimentations à la recherche de sons extrêmes et novateurs, la couleur dominante de "Noise" serait plutôt ambient / atmos, avec beaucoup de réverbérations, des voix qui semblent nous parvenir de très loin et des notes torturées qui s’étirent à l’envi. Même dans les moments les plus énervés, le tout reste incroyablement planant. La technique se mêle à la spontanéité, la structure se frotte au chaos, pour former un maelström assourdissant et mélodieux à la fois.

Après un démarrage en force sur les deux premiers titres, "Ghost Of Romance" réinstaure le calme, porté par une des deux voix masculines, caressante, excellente dans les aigus. Cette douce torpeur s’étend sur "Heavy Rain" où Wata au chant est des plus touchantes, mais toujours soutenue par un solide mur de grattes et sur les fûts, une frappe lourde et parcimonieuse. Ensuite, virage radical avec la très pop-rock "Taiyo No Baka" qu’on verrait bien en générique d’un anime et qui pourrait passer pour une intruse au milieu des autres compos si elle n’était pas aussi rafraîchissante et bien fichue. Vient alors "Angel", pièce centrale de près de dix-neuf minutes, que je me refuse à décrire pour ne pas vous gâcher votre plaisir. Tout simplement magistrale.

Et alors que vous aviez atteint cet état second où tout n’est que plénitude, l’enchaînement sur le speedcore de "Quicksilver" vous fait sauter au plafond. Hurlements hystériques doublés de chuchotements psychopathes, guitares abrasives en roue libre, batterie si basique mais si efficace, et toujours ces breaks par milliers, et ces envolées en chant clair, et cette outro doom pour atterrir. Bref, l’auditeur fait trois tours dans son slip, il ne sait plus comment il s’appelle, et il faudra bien le calme après la tempête qu’est "Siesta" pour le remettre de ses émotions.

La seule certitude qu’il nous reste, une fois le silence revenu, c’est qu’il s’agit d’un de ces albums vers lesquels on va continuellement revenir au fil du temps pour tenter d’en saisir toutes les subtilités. Déroutant et classe, comme le chat sur la pochette.


Yael
Septembre 2014


Conclusion
Le site officiel : www.borisheavyrocks.com