Le groupe
Biographie :

Deicide est un groupe de death metal originaire des États-Unis. D'abord appelé Amon, le groupe s'est formé en Floride en 1987. Il compose deux demos, "Feasting The Beast" en 1987 puis "Sacrificial" en 1989. Peu de temps plus tard, le groupe choisit son nom définitif et sort son premier album éponyme. Deicide s'est fait rapidement connaître pour deux raisons : Le chanteur / bassiste / frontman Glen Benton s'est fait marquer au fer rouge une croix renversée sur le front, Deicide a vendu environ 400 000 exemplaires de son album "Legion", ce qui est un record dans le death metal. Deicide se proclame sataniste et le thème de toutes leur chansons est opposé au christianisme. Ils ont été interdits de jouer dans de nombreux endroits comme d'autres groupes du même style. Dans les années 90, alors que Deicide se produit à Stockholm dans le cadre d'une tournée en compagnie des Néerlandais de Gorefest, une bombe explose à proximité de la salle où jouent Glen Benton et ses partenaires. Si certains indices accréditent la thèse d'une opération menée par des organisations similaires à l'ALF en guise de représailles contre le groupe dont les paroles prônent les sacrifices d'animaux, Glen Benton de son côté impute l'attentat à des fans extrémistes de black metal, des groupes d'activistes en "guerre ouverte" contre les groupes de death metal américains comme Cannibal Corpse et Deicide, jugés comme étant une dérive musicale commerciale et parodique de la philosophie sataniste.

Discographie :

1990 : "Deicide"
1992 : "Legion"
1995 : "Once Upon The Cross"
1997 : "Serpents Of The Light"
2000 : "Insineratehymn"
2001 : "In Torment In Hell"
2004 : "Scars Of The Crucifix"
2006 : "The Stench Of Redemption"
2008 : "Till Death Do Us Part"
2011 : "To Hell With God"
2013 : "In The Minds Of Evil"
2018 : "Overtures Of Blasphemy"


Les chroniques


"Overtures Of Blasphemy"
Note : 16/20

S’il y a bien un groupe de death metal qui mérite le titre de “blasphème vivant” notamment grâce à son frontman et à sa croix inversée gravée sur le front, c’est Deicide. Créé en 1987 sous le nom d’Amon par les frères Eric et Brian Hoffman (guitares), Steve Asheim (batterie) ainsi que Glen Benton (basse / chant), le quatuor n’a pour seul et unique but que de jouer un death metal gras et satanique à souhait. Ils sortiront sept albums dont certains considérés par les amateurs du style comme des textes impies, mais en 2004 le groupe prend un nouveau tournant. Les frères Hoffman quittent le groupe. Les deux membres restants recrutent alors Jack Owen (Six Feet Under, ex-Cannibal Corpse) et Ralph Santolla (décédé en 2018, ex-Obituary) pour les remplacer, mais Ralph quittera régulièrement le groupe, laissant la place à Kevin Quirion. En 2016, c’est au tour de Jack de partir du groupe, et ce dernier est remplacé par Mark English (Monstrosity). C’est donc après cinq ans d’attente que sort "Overtures Of Blasphemy", le douzième album de Deicide. Ajoutez à ça un artwork signé Zbigniew Bielak, et le chaos est total.

Le groupe commence avec "One With Satan". Après une introduction très old school, Deicide accélère d’un coup et propose une rythmique solide doublée par les hurlements bestiaux de Glen. Son timbre gras et unique donne toute sa saveur à ce morceau dont les riffs malsains se succèdent à toute vitesse. Le titre se finit dans un larsen pour enchaîner immédiatement sur "Crawled From The Shadows". Je retrouve alors le Deicide d’il y a vingt ans qui balançait des riffs ahurissants à une vitesse folle, et même si le refrain freine un peu cette tendance avec une structure plus basique, la puissance y est. La batterie martiale de "Seal The Tomb Below" couplée aux guitares lead criardes me séduisent instantanément, et j’apprécie encore une fois cet effort old school qui a été fait au niveau du mix pour le rendre sale mais actuel, tout comme sur "Compliments Of Christ". Chaque note pousse le mélange plus loin, et les hurlements du chanteur ne perdent absolument pas leur puissance, même lorsqu’il les enchaîne.

Sans perdre une seule seconde, les Américains enchaînent avec "All That Is Evil" et sa rythmique impie. J’ai toutefois l’impression que le groupe se retient sur ce titre, alors qu’il est nettement plus efficaces sur "Excommunicated". En effet, ce titre commence à nouveau comme les premiers et enchaîne les riffs maudits un par un, tout en recouvrant le tout de la voix grasse de Glen. Même s’il y a moins de screams aigus que sur les albums précédents, cet album est tout de même marqué au fer rouge par l’homme. Fait quelque peu surprenant, la guitare lead qui ouvre "Anointed In Blood" est assez atmosphérique par rapport aux riffs qui suivent, qui ont été taillés pour le headbang dans une fosse brûlante. "Crucified Soul Of Salvation" continue dans la lignée de ces très bons titres dont on ne peine pas à se rappeler du nom du fait d’un petit détail, et ce détail sera la guitare lead qui flirte avec le black metal.

Déjà connue depuis quelques temps, "Defying The Sacred" pousse Deicide un peu plus loin dans l’irrespect de la chrétienté avec son clip vidéo malsain qui ajoute réellement à l’ambiance. A la suite de ça, "Consumed By Hatred" est également un titre de pur death metal impie avec des riffs qui tournent tout seuls, un blast impétueux et une voix grasse parfois aidée de choeurs hurlés, alors que "Flesh, Power, Dominion" est un peu plus technique. Certes les riffs sont tout aussi efficaces, mais la structure est un peu différente. Sans rentrer dans le registre du death technique, on sent aisément que les musiciens sont allés plus loin que d’habitude. Cette impression se ressent également sur le solo doublé, qui laisse une impression grisante. Enfin, "Destined To Blasphemy" possède également ce côté groovy donné par les palm mutes à la guitare, qui précèdent de grandes accélérations. Et l’album est terminé.

Bien qu’un peu court, ce nouveau Deicide fait plaisir aux oreilles. Pas non plus une pierre angulaire du death metal, mais tout de même un très bon album de la part du combo américain. Si la dernière incursion du groupe en France date du Hellfest 2016, la tournée précédente a eu lieu en 2013. Il serait temps d’y remédier tout de même...


Matthieu
Octobre 2018




"In The Minds Of Evil"
Note : 16/20

Un peu plus de deux ans après "To Hell With God" qui n'avait pas vraiment fait l'unanimité, Deicide revient avec "In The Minds Of Evil" et quelques changements. C'est le premier album avec Kevin Quirion aux guitares, transfuge de Order O Ennead dans lequel on retrouve d'ailleurs Steve Asheim, le monde est petit ! Et il faut croire que cet apport de sang frais a fait du bien au groupe, on note en effet un léger changements en termes purement musicaux.

Le précédent album nous montrait un Deicide bien plus thrashy qu'à l'accoutumée, et ce petit détail en a fait hurler quelques uns. Cette fois le groupe revient à une musique plus orientée vers le death, plus brutale et plus directe aussi et totalement débarrassée des envolées un peu trop mélodiques de Santola. Alors certes il reste encore pas de soli de guitares, mais ceux-ci s'inscrivent parfaitement dans l'ambiance globale bien plus agressive et sombre. Inutile d'espérer retrouver le Deicide des deux premiers albums, je doute d'ailleurs qu'on le retrouve un jour mais prenons cet album pour ce qu'il est. Et pour le coup, il faut avouer qu'il est plutôt efficace dans le genre, sans être le plus bourrin ou rentre dans le lard de la discographie de Deicide, son côté direct et sans fioriture en font un sympathique défouloir. On note que les blasts ne monopolisent plus autant l'espace sonore, Steve Asheim ayant adopté un jeu un peu plus aéré qui lui permet de ne balancer les blasts en question que quand ils sont nécessaires, et ce faisant d'augmenter leur impact. Il n'en reste pas moins que le tout est quand même plutôt virulent, même si, comme je le disais à l'instant, on ne retrouve pas la hargne démoniaque des premiers albums (j'insiste là dessus pour les quelques indécrottables puristes qui attendent encore un "Legion" ou un "Once Upon The Cross", redescendez sur Terre les mecs, ça n'arrivera pas).

On peut éventuellement regretter le fait que les voix doublées de Glen Benton ne soient pas de retour non plus, mais bon on sent quand même que le bonhomme est en forme sur cet album et c'est déjà pas mal. De toute façon, ceux qui n'ont pas aimé les récents méfaits de Deicide devraient une fois de plus rester sur leur faim avec celui-ci, le groupe n'est plus ce qu'il était jadis c'est une évidence, et c'est finalement le lot de tous les groupes dont la carrière s'étale sur plus de 15 ans. Mais si ce n'est que l'approche carrément plus thrash de "To Hell With God" qui vous a rebutés, vous pouvez jeter une oreille sur "In The Minds Of Evil" qui renoue avec des sonorités bien plus death. En 36 petites minutes, Deicide nous offre onze morceaux qui devraient faire leur petit effet en live, du moins si Benton nous épargne ses farces qui consistent à être présent aux concerts quand il le souhaite. Certains diront que le groupe est en roue libre et qu'on l'a connu plus inspiré à ses débuts, ce n'est pas totalement faux mais ça reste quand même un bon cru. Il suffit d'écouter un morceau comme "Thou Begone" pour se rendre compte que ces gars-là en ont encore sous le pied, pas forcément ce qu'ils ont fait de plus bourrin mais quand même foutrement efficace dans le genre. L'enchaînement avec "Godkill" fait d'ailleurs son effet, encore une fois pas le plus speed ou bourrin mais bien hargneux comme on aime. Niveau prod', c'est pas dégueulasse non plus, Jason Suecof a su donner au groupe un son puissant, gros mais suffisamment rugueux pour ne pas tomber dans la dérive plastique et propre qu'on pouvait craindre de sa part.

Voilà donc un Deicide plus nerveux et plus death que sur le précédent album, les relents thrash ayant été quasiment remisés au placard pour cette fois. Alors non, le Deicide d'antan n'est toujours pas de retour, mais "In The Minds Of Evil" fait bien son boulot et si on veut réentendre du "Legion" ou du "Once Upon The Cross", il suffit de les ressortir (ben oui c'est pas plus compliqué que ça).


Murderworks
Janvier 2014




"To Hell With God"
Note : 16/20

Aaah Deicide groupe culte du metal extrême, même si ces dernières années on peut s'attendre au meilleur comme au pire avec eux. Sans compter les frasques de Benton qui préfère de temps en temps se barrer avec ses potes de Vital Remains que d'assurer avec Deicide en live. Les voilà en tout cas qui débarquent avec un nouvel album, "To Hell With God".

Et je crois qu'on peut dire que le groupe est revenu en forme après un "Till Death Do Us Part" en demi teinte pour moi. Déjà on en revient à une durée proche des premiers albums qui arrivaient à peine à la demie heure, ne laissant pas l'ennui s'installer contrairement à certains autres albums de la bande. Là on tape dans les 36 minutes en gros, ce qui est amplement suffisant pour vous démonter la mâchoire à coups d'evilitude bien placée. Deuxième bon point, les soli de guitare de Santolla qui pouvaient avoir un aspect Bisounours / Walt Disney sur un album comme "The Stench Of Redemption" (malgré la grande qualité de cet album, faut avouer que ça faisait un peu retomber la tension) ont disparu.

Les soli sont encore là hein, c'est juste qu'ils sont beaucoup plus à propos et ne font pas tâche en plein milieu du reste comme ça pouvait être le cas précédemment. C'est mélodique sans tomber dans la niaiseries, je ne sais pas si les autres l'ont menacé mais il a enfin réussi à se calmer avec ses soli rose bonbon. Et vu la tarte qu'on se prend dans la gueule à côté de ça, faut avouer que ça aurait été quelque peu dommage de se voir gâcher le plaisir par un guitariste, très bon au demeurant, mais shooté à Lorie pendant l'enregistrement de l'album (la positiiiiiiive attituuuuuuddeuuuuuuu...).

Pas de soucis sur ce "To Hell With God" ça cartonne bien et se fait remettre les vertèbres en place bien comme il faut, et le fait d'avoir calmé Santolla permet de regagner le côté evil qui a fait la gloire de Deicide. On note même un côté thrash bien prononcé sur pas mal de morceaux, faut croire que les gaillairds ont réécouté les classiques du genre pendant la composition du bouzin. D'ailleurs ça leur va bien ce côté veste à patchs qui te bourrine la gueule, ça rajoute encore de la gniaque et ça rend le tout encore plus direct. Même la voix de Benton a légèrement changé, ou du moins c'est sa façon de placer ses lignes qui a changée. Il aboie même ses paroles et prend une diction plus compréhensible, on arrive presque à entendre certains mots à peu près clairement c'est vous dire !

Je pense quand même que cet album va faire des déçus, malgré le retour du côté evil et le côté assez rentre dans le lard de la chose on est quand même assez loin du Deicide "traditionnel". Ceux qui vénèrent "Legion" et "Once Upon The Cross" et qui voudraient que le groupe recompose éternellement ce genre d'albums vont en être pour leurs frais. Pas de passéisme chez Deicide, malgré ce que certains croient, le groupe ne sort pas constamment le même album. Les dernières galettes en date de la bande sont de toute façon là pour le prouver. Mais de toute façon on sait tous comment ça se passe, quand un groupe évolue il se fait insulter par les puristes qui trouvent qu'il a perdu son intégrité. Mais s'il se contente de sortir 10 fois le même album ou presque, il se fera quand même insulter à cause de son incapacité à créer et à évoluer.

Pourtant il n'y a pas de quoi hurler, oui Deicide a changé mais à mon avis avec un album pareil les prochains concerts du groupe devraient être intenses. Parce que c'est franchement direct, ça tape là où ça fait mal sans trop se poser de questions. Il est déjà loin le temps où le groupe étalait ses morceaux sur "The Stench Of Redemption", ici c'est en général dans une durée de 3:30 minutes par morceaux. On privilégie l'efficacité, vous allez vous faire agresser du début à la fin mais là aussi différemment. Au lieu d'asséner des blasts du début à la fin ce sont les riffs qui sont devenus assassins, et les lignes de chant bien vindicatives devraient vous achever.

Donc voilà un bien bon album de la part de Deicide qui me donnait l'impression avec la galette précédente de s'endormir un peu sur ses lauriers. Ils ont dû m'entendre et se sont un minimum sortis les doigts du cul. Alors bien sûr, je ne pense pas que "To Hell With God" atteindra le statut culte des premiers albums mais c'est du bon gros metal qui tâche.


Murderworks
Mars 2011


Conclusion
L'interview : Steve Asheim

Le site officiel : www.deicide.com