Le groupe
Biographie :

Initié en 2010, le but premier d'Heboïdophrenie est de livrer un death metal sans concession, brut et primaire. Heboïdophrenie puise ses origines dans le thrash metal, ainsi que dans la violence et la brutalité du deathcore. Les compositions s'enchaînent alors dans un tourbillon de hurlements gores et de guitares déchaînées s’articulant autour d’un pauvre fou qui sombre peu à peu dans les plus horribles recoins de l’esprit humain. Les années 2011 et 2012 marquent l’arrivée sur scène du groupe qui partage avec le public des instants de débauche et d’orgie. Un changement de line-up a lieu, renforçant l’esprit torturé du groupe. Heboïdophrenie livre en 2013 "Origin Of Madness", preuve manifeste de l’état mental du groupe qui s’oriente de plus en plus vers un death brutal et technique à coup de cadavre et de décadence… Après avoir écumé les asiles européens et démembré son public, c'est dans ces circonstances aggravantes que naquit en 2020 son nouveau rejeton, "Cannibalism For Dummies" où notre héros en pleine quête de la plénitude se prend de passion pour les arts culinaires et tente de nous transmettre sa vision des choses à sa façon, pour le moins démente.

Discographie :

2013 : "Origin Of Madness"
2020 : "Cannibalism For Dummies"


Les chroniques


"Cannibalism For Dummies"
Note : 18/20

Et toi, tu faisais quoi à tes 10 ans ? Heboïdophrenie, eux, sortent un album. Créé à Bordeaux en 2010, le groupe se compose de quatre des cinq fondateurs, Loïc “Worms” (chant), Eric “Abyss” (guitare), Rémy Martin (basse / chant) et Matthieu “Crush” (batterie) ainsi que du dernier arrivé Mickaël Béarnais (guitare). Et c’est à cinq qu’ils composent et enregistrent "Cannibalism For Dummies", le deuxième album du groupe, attendu depuis 2013.

Outre le sample introductif d’une trentaine de secondes bien angoissant façon film d’horreur des années 80-90, l’album se compose de dix titres pour quarante minutes de son. Et tout ce que je peux vous dire, c’est que si vous n’aviez pas de cholestérol avant, vous allez en avoir ! Mêlant entre deux tranches de graisse auditive un brutal death avec des influences old school, deathcore, voire même grindcore sur certains morceaux, le groupe n’hésite pas à nous faire vivre son album de manière très intense. Du groove prenant de "HFC (Humans Are Fucking Cooked)" au sample de mastication de "Flush The Meat", c’est lourd et ça frappe fort ! La basse prend une place toute particulière dans ce mix très old school, nous permettant de nous faire lacérer par les guitares comme sur "Beheaded" ou littéralement rouler dessus par les riffs écrasants de "Hipster Slaughter".

On retrouve une pointe de technicité pour "Techno Messiah", une mélodie dissonante et un groove agressif pour "Interlude", le seul morceau instrumental, puis les hurlements reviennent pour la douce "Bleeding Love". Je dis “douce”, mais on parle de death metal tout de même, ne vous attendez pas non plus à une power ballad, bien que le titre soit un poil plus ambiant. Mais l’album est loin d’être fini, puisque le trio final va une nouvelle fois vous faire danser à en mettre votre pied dans la face du voisin avec l’enchaînement de "2064", "Left Half Dead" et enfin "The Last Breath". Entre blasts, paroles gores hurlées, rythmique imposante, leads viscéraux et un mix d’extrême qualité, si vous n’avez pas déjà remué la tête c’est le moment ou jamais ! C’est avec une moshpart que les Français ferment leur album.

Dix ans ça se fête, et la galette est de qualité pour Heboïdophrenie ! "Cannibalism For Dummies" prend tout ce que l’on aime dans le death metal, le gobe tout cru et nous le vomit en pleine face avec violence et lourdeur, sans oublier un groove prenant. Le groupe est fin prêt à représenter dignement le death français !


Matthieu
Juin 2020




"Origin Of Madness"
Note : 13,78/20

Avec un goût plus que prononcé pour l'univers fantasma-gorique... non en fait plus gorique que fantasma voire très gore, les Bordelais de Heboïdophrenie obtiennent sans conteste la mention très bien en ce qui concerne l'imagerie de leur booklet, et leur artwork / lay out réalisé par Stan W Decker que l'on ne présente plus désormais. La barbarie se lève et applaudit avec ferveur. En effet au delà du fait d'avoir voulu illustrer les paroles des chansons avec un certain talent de commercial du crade et du macabre, comme un putassier cherche son éventail de point de chutes, "Origin Of Madness" achalande ses auditeurs en les faisant pénétrer d'abord dans son univers carcéral du dérangeant et du morbide de manière perfide et obséquieuse, grâce à son visuel... Ce qui est une bonne chose finalement.

Et donc lorsqu'on s'aperçoit que l'artwork de Decker [qui est un amalgame de détails outranciers dans le bon sens du terme, permettant à celui-ci d'être comparé à un Jérôme Bosch (voir l'oeuvre "L'Enfer") des temps modernes qui aurait fricoté avec le non moins célèbre Salvador Dali (eut égard à la tête de mort formée par le décor, rappelant les illusions d'optique du "Marché aux Esclaves" et du "Visage de la Guerre"), en se payant le luxe de donner au rendu final un aspect très old school proche des grindhouse de Tarentino à savoir Boulevard de la Mort, Planète Terreur et autres conneries cinématographiques divertissantes] n'est que la partie visible de l'iceberg, il faut vraiment entrer pour découvrir ce qu'il se cache à l'intérieur au niveau des photos. Des photos de Gaël Rx et Abyss (guitariste du groupe) travaillées par Julien Garnier, qui ouvre l'appétit et annonce avec fracas les idées macabres et virtuelles du groupe... Ceci pouvant paraître long comme approche, mais il y a eu un travail si recherché sur le visuel qu'il était nécessaire d'en faire suffisamment état... Bref le digipack d'Heboïdophrenie a de la gueule, point barre.

Après ce long soliloque, il reste difficile de croire que le désir de connaître la musique de Heboïdophrenie ne se soit pas encore manifesté... Le groupe place sa musique dans un monde assez extrême certes, mais qui a le cul entre deux chaises finalement. On s'aperçoit au fil des onze morceaux (intro et outro comprises) que les Bordelais aiment à jouer un death metal hybride et actuel qui principalement tournera autour de choses relativement deathcore dans l'ensemble, mais qui ira cependant trouver la compagnie de quelques passages plus traditionnels sur la majorité morceaux tel que le segment "Decay" tout droit sorti d'un thriller où la voix death se mange de la réverb par ampoule de 12 cc, afin de donner de la profondeur au morceau avant de reprendre sa sauvagerie sur les guitares. Ces passages ne sont pas isolés, car parmi les rythmiques deathcore redondantes et qui ne sont pas celles que j'affectionne particulièrement, Heboïdophrenie mixe et joue à saute mouton entre brutal death et deathcore. Le combo capte dans certains moments la brutalité intense d'un death metal plus traditionnel, moins contemporain et plus old school. C'est pour cela que « Bonnet M » sur ses accélérations et sur sa dernière tranche de chanson prendra un aspect nettement plus brutal death pendant un long passage, avec des vocaux qui puent la défécation brutale de riffs intestinaux en phase terminale, véritable souillure musicale miasmatique. Lorsque Heboïdophrenie arrive à tenir cette énergie dans ses mains de serial killer et à conserver cette couleur plus vieille école finalement, ils m'intéressent beaucoup plus musicalement.

C'est ici que l'on verra en fait la dualité de la musique des Bordelais, une dualité qui montre les influences de son compositeur tant old school death et brutal death que deathcore de maintenant. Leur deathcore donne l'impression de chercher sa route en empruntant un chemin à tâtons (après je ne suis pas objectif, je n'ai jamais caché ma réticence vis-à-vis de l'engouement core d'aujourd'hui), avec parfois des rythmiques rodées mais pas si accrocheuses pour autant comme "Heboïdophrenie" peut en donner l'impression, ou encore "Rotten". Et cette sensation de surabondance ritualistique quant aux rythmiques qui possèdent moins de saveur a tendance à faire lâcher l'attention de l'auditeur en leur donnant les formes d'une litanie . Pourtant la plupart des morceaux possèdent leur moment de captation paralytique : "Feast Of Death" et son sillon fait au motoculteur à partir des 1'30, où les guitares deviennent plus sombres, un motoculteur qui devient bulldozer sur "The Butcher" à 1'12 , morceau sur lequel Rémy se fait une joie de porcinet et où le deuxième chant death devient même clair à un moment donné, ou encore "Rotten" avec son lead psychotique en fin de morceau... Alors d'une manière un peu trop sinueuse Heboïdophrenie peut sembler versatile dans son death metal, c'est par ici que le groupe pêche... Relativisons cependant car il s'agit ici d'un premier album.

Car malgré tout, un des atouts du groupe est de posséder deux vocalistes au style différent, car lorsque Loïc lacère la tronche de l'adversaire avec un guttural plus profond et contrôlé, tandis que Rémy, bassiste et vocaliste se distingue par une éructation porcine cela donne un métissage pour le moins intéressant. L'album réserve quelques autres surprises vers sa dernière partie. Il faut tout de même arriver sur "Cadaver" pour se prendre un solo qui tâche dans la gueule, oui, un putain de solo, avec des guitares harmonisées dessous à 1'14 sur une batterie mortellement violente, offrant au morceau une splendeur trop courte... Et c'est là le filon que doit exploiter Heboïdophrenie pour arriver à se frayer un chemin avec ses propres balises. Le potentiel est là, il n'y a plus qu'à tailler cette pierre rugueuse... Une rugosité qui se sent aussi sur la production de Abyss qui a réalisé un travail remarqué sur le mixage et mastering car le côté roots et granuleux laissant un arrière goût très 80/90's qu'il y avait dans les groupes un peu hardcore / thrash comme Decadence Within, Impulse Manslaughter ou autre Cerebral Fix même un peu punk / crust, donne à "Origin Of Madness" une authenticité qui lui va bien. 37 minutes de bain d'hémoglobine où viscères, triperie et abats (pas les Suédois) sont au programme pour les plus grands amateurs friands de Braindead et autres cultissimes Bad Taste...


Arch Gros Barbare
Mai 2014


Conclusion
Le site officiel : www.heboidophrenie.wix.com/heboidophrenie