Le groupe
Biographie :

Ophe est un one-man band de black metal avant-gardiste français formé en 2015 et dans lequel opère Bargnatt XIX (instruments / chant / programmation). Ophe sort son premier album, "Litteras Ad Tristia Maestrum Solitude", en Février 2018 chez My Kingdom Music.

Discographie :

2018 : "Litteras Ad Tristia Maestrum Solitude"


La chronique


Ophe est un projet mené par Bargnatt XIX, aussi membre d'Område, dont je vous ai parlé ici même il y a quelques mois, il sort son premier album "Litteras Ad Tristia Maestrum Solitude" et pratique ce qu'on pourrait appeler... un truc bizarre ! Du metal extrême au sens large mais avec une porte grande ouverte à l'expérimentation et à l'avant-gardisme le plus débridé.

Un coup d'œil au tracklisting permet de voir que l'accroche n'est pas le souci principal d'Ophe, des morceaux très longs dont le premier dure déjà près de neuf minutes ! On plonge directement dans l'œil du cyclone d'ailleurs puisque "Somnium Sempiternum" ne prend pas le temps d'installer une petite intro et préfère nous rentrer dedans sans préliminaires avec un metal extrême dense, assez mid-tempo, blindé de couches de sons superposés à la production volontairement nébuleuse et des hurlements de déments saturés sur fond de blasts bordéliques. Vous l'aurez compris, Ophe ne fait pas dans la demi-mesure et quand je dis que c'est du metal extrême, je ne plaisante pas, de l'extrême vous en allez en avoir ici. Les mélodies sont quasi exclusivement dissonantes et rien ne vous facilite la vie, pas la moindre accroche sur laquelle se reposer, pas le temps de respirer, le groupe vous étouffe sous ses délires et quand les hurlements et les multiples couches de sons non identifiables ne suffisent plus, un saxo possédé fait son apparition et décide de vous vriller définitivement les tympans. "Decem Vicivbus" fait office d'interlude incantatoire d'à peu près cinq minutes et dans le genre, il vous mange bien le cerveau aussi avec une espèce de croisement entre du bruitiste et du ritual à la Melek Tha.

L'album ne dépasse pas les trente-cinq minutes mais croyez-moi, vous allez souffrir, je doute d'ailleurs que vous en redemandiez à la fin. Ophe donne l'impression de chercher tous les moyens de nous torturer l'esprit et les oreilles avec toutes les dissonances, bruits et larsens imaginables. Il n'y a que "Cadent" en fin d'album qui calme le jeu en amenant un peu d'acoustique pour soulager nos oreilles meurtries par une demi-heure de violence musicale en tous genres. Il n'y a là évidemment aucune structure reconnaissable, tous les morceaux coulent un peu comme ils veulent et je ne serais pas étonné qu'une bonne part d'improvisation se soit glissée là-dedans. En l'état, préparez-vous à devoir faire une plongée en apnée de trente-six minutes parce qu'en dehors de "Cadent", il n'y a pas la moindre bouffée d'air là-dedans et vous risquez de suffoquer sous le poids des déviances musicales qu'Ophe est capable de créer. Oui, l'album est assez hermétique et il va vous falloir un sacré paquet d'écoutes avant de percer sa cuirasse et percevoir ce qui se cache en dessous. Bargnatt XIX fait tout pour vous compliquer la tâche et les premières écoutes vont être éprouvantes, il y a tellement de couches superposées et tellement de sonorités qui s'entrecroisent que "Litteras Ad Tristia Maestrum Solitude" prend des allures de parcours du combattant musical.

Un album très particulier et très éprouvant à réserver aux amateurs de sensations très fortes. Indescriptible mais peut-être un peu trop jusqu'au-boutiste et bruyant pour moi, je ne doute pas qu'il saura séduire les amateurs de musique tarée.


Murderworks
Octobre 2018


Conclusion
Note : 14/20

Le site officiel : www.facebook.com/ophebm